- Un client PEP déclenche automatiquement la vigilance renforcée (EDD) — la loi présume le risque élevé sans qu'aucune évaluation préalable ne soit nécessaire pour justifier ce déclenchement.
- Le périmètre couvre non seulement le PEP lui-même, mais aussi ses membres de famille proche et ses personnes étroitement associées, y compris des co-détenteurs discrets d'actifs ou d'entités juridiques.
- Quatre mesures sont légalement imposées pour tout client PEP : identification du statut, approbation d'un responsable senior de la direction, vérification de l'origine du patrimoine et surveillance continue renforcée des transactions.
- La vigilance renforcée dure au moins douze mois après la cessation de fonction ; prolonger cette période est obligatoire dès que l'évaluation du risque résiduel le justifie.
- L'AMLR (UE) 2024/1624, applicable au 10 juillet 2027, harmonise la définition PEP à l'échelle de l'UE : elle étend le périmètre aux autorités locales d'au moins 50 000 habitants et ajoute les frères et sœurs dans la famille proche, mais uniquement pour les chefs d'État, chefs de gouvernement, ministres et fonctions équivalentes.
Qu'est-ce qu'une personne politiquement exposée ? Définition légale et périmètre
En droit belge, une personne politiquement exposée (PEP) est une personne physique qui exerce ou a récemment exercé une fonction publique importante au sens de la loi du 18 septembre 2017 relative à la prévention du blanchiment de capitaux et du financement du terrorisme (ci-après « loi LBC/FT »). Cette loi, qui a transposé les quatrième et cinquième directives européennes anti-blanchiment, établit une liste fermée de fonctions constitutives du statut PEP :
- Chefs d'État et de gouvernement, ministres et secrétaires d'État ;
- Parlementaires, nationaux et européens ;
- Membres des cours suprêmes, cours constitutionnelles et autres hautes juridictions ;
- Membres des cours des comptes et des conseils des banques centrales ;
- Ambassadeurs, chargés d'affaires et officiers supérieurs des forces armées ;
- Membres des organes d'administration, de direction ou de surveillance des entreprises publiques ;
- Dirigeants d'organisations internationales (directeurs, directeurs adjoints, membres du conseil d'administration ou fonction équivalente).
Le critère déterminant n'est pas la nationalité du PEP mais la nature de la fonction exercée. Un parlementaire belge, un ministre rwandais et le directeur général d'une organisation internationale sont tous des PEP au regard de la réglementation, avec toutefois une modulation du niveau de risque présumé selon leur origine — nationale, étrangère ou supranationale.
Les trois catégories de PEP : national, étranger et organisation internationale
La réglementation distingue trois catégories de PEP selon le cadre d'exercice des fonctions. Cette distinction n'exonère aucune catégorie de l'EDD automatique, mais elle oriente l'intensité des mesures appliquées et la justification documentaire attendue.
| Critère | Exemples de fonctions | Niveau de risque présumé |
|---|---|---|
| PEP national (belge) | Ministre fédéral, parlementaire, magistrat de la Cour de cassation, gouverneur de la BNB, dirigeant d'une entreprise publique fédérale | Élevé — EDD automatique |
| PEP étranger (UE ou pays tiers) | Chef d'État, ministre, parlementaire, haut fonctionnaire d'un autre État membre ou d'un pays tiers hors UE | Très élevé — EDD systématique sans nuance |
| PEP d'organisation internationale | Directeur du FMI, secrétaire général de l'OTAN, directeur général de l'OMS ou d'une organisation comparable | Élevé — évaluation contextuelle de l'exposition |
Pour les PEP étrangers — notamment issus de pays à gouvernance fragile, à faible transparence institutionnelle ou inscrits sur les listes de pays à haut risque de la Commission européenne — la Banque nationale de Belgique (BNB) et la FSMA considèrent que le risque est présumé très élevé, sans possibilité de le déclasser sur la seule base d'une déclaration du client. L'entité doit recueillir des preuves indépendantes et vérifiables de la source des fonds avant d'engager ou de poursuivre la relation.
L'entourage du PEP : famille proche et personnes étroitement associées
Le régime PEP ne se limite pas au titulaire de la fonction. La réglementation étend les obligations de vigilance renforcée à deux catégories distinctes d'entourage, avec des implications pratiques souvent sous-estimées lors des entrées en relation.
Membres de la famille proche
Sont inclus dans le périmètre PEP à titre de membres de la famille proche :
- Le conjoint ou le partenaire reconnu comme équivalent au conjoint par la loi nationale applicable ;
- Les enfants et leurs conjoints ou partenaires ;
- Les parents (père et mère) du PEP.
L'AMLR (UE) 2024/1624 élargit ce cercle en y ajoutant explicitement les frères et sœurs, mais cette extension ne s'applique qu'aux PEP exerçant les fonctions les plus élevées : chefs d'État, chefs de gouvernement, ministres, ministres adjoints et secrétaires d'État, ainsi que les fonctions équivalentes au niveau de l'UE ou dans un pays tiers (art. 46 AMLR). Elle ne couvre pas les parlementaires, magistrats, dirigeants d'organisations internationales ou d'entreprises publiques. Les entités qui s'appuient sur des fournisseurs de listes PEP commerciales devront vérifier que ce périmètre différencié est bien répercuté avant le 10 juillet 2027.
Personnes connues comme étroitement associées
Sont également soumises au régime PEP toutes les personnes connues comme étroitement associées au PEP, en particulier :
- Toute personne physique connue comme co-détentrice d'une entité juridique ou d'un arrangement juridique avec le PEP (société commune, fondation, trust, etc.) ;
- Toute personne physique connue comme seul bénéficiaire effectif réel ou connu d'une entité ou d'un arrangement juridique constitué dans l'intérêt du PEP ;
- Tout associé commercial proche du PEP, que le lien soit formalisé (mandat, statuts sociaux) ou informel.
Obligations de vigilance renforcée : les quatre mesures légalement imposées
Dès qu'une entité assujettie identifie un client — ou le bénéficiaire effectif d'un client — comme PEP, comme membre de la famille d'un PEP ou comme personne étroitement associée à un PEP, quatre mesures s'imposent de plein droit. Il n'y a pas de marge d'appréciation sur le déclenchement : la loi présume le risque élevé pour toute la durée de la relation.
Les quatre mesures EDD obligatoires pour un client PEP
Identifier le statut PEP via des sources indépendantes
Vérification proactive à l'entrée en relation et lors de chaque mise à jour périodique du dossier — listes PEP commerciales, bases officielles, recherches ouvertes. Ne pas s'appuyer uniquement sur la déclaration du client.
Obtenir l'approbation d'un membre senior de la direction
Décision formalisée, datée et signée par le responsable AMLCO ou la direction générale avant d'établir ou de poursuivre la relation. Sans cette approbation, la relation ne peut pas être engagée ou maintenue.
Vérifier l'origine du patrimoine et la source des fonds
Pièces justificatives indépendantes et horodatées : déclarations fiscales, actes de vente ou de donation notariés, bulletins de rémunération, statuts sociaux, relevés de comptes dans des établissements identifiables.
Exercer une surveillance continue renforcée des transactions
Fréquence accrue des revues, seuils d'alerte recalibrés sur le profil de risque PEP, documentation systématique de chaque transaction sortant du profil attendu.
L'approbation d'un membre senior de la direction est l'exigence la plus fréquemment absente dans les dossiers examinés lors des inspections AML. De nombreuses entités appliquent les diligences documentaires — collecte de pièces, surveillance renforcée — sans formaliser le circuit d'approbation hiérarchique. Cette lacune constitue une non-conformité caractérisée même si le reste du dossier est irréprochable.
La règle des douze mois : la surveillance continue après la cessation de fonction
L'un des aspects les plus fréquemment mal appliqués du régime PEP concerne la période post-mandat. Un client qui cesse d'exercer sa fonction publique ne sort pas automatiquement du régime de vigilance renforcée.
La logique réglementaire est cohérente : le risque associé à un PEP ne tient pas seulement à sa fonction actuelle, mais aussi à l'influence, au patrimoine et au réseau accumulés pendant l'exercice de cette fonction. Ces actifs et connexions persistent après la fin du mandat. Seule une réévaluation documentée — avec une justification écrite de la conclusion et de la durée retenue — peut fonder la sortie du régime PEP.
Ce que l'AMLR 2024 change pour les obligations PEP
L'AMLR (UE) 2024/1624 ne réinvente pas la structure du régime PEP. Elle met fin aux divergences d'interprétation nationale que les directives laissaient ouvertes et crée un référentiel commun pour l'ensemble des États membres, leurs superviseurs, et les entités assujetties transfrontalières.
10 juil.
Application AMLR
Les dispositions PEP de l'AMLR s'appliquent à partir du 10 juillet 2027.
+12 mois
Surveillance post-mandat
Minimum légal de maintien de l'EDD après la cessation de fonction du client PEP.
4
Mesures EDD imposées
Identification, approbation senior, origine des fonds, surveillance renforcée — sans exception ni ordre de priorité.
1 juil.
AMLA opérationnelle
L'Autorité européenne anti-blanchiment est active depuis le 1er juillet 2025 à Francfort.
19 juin 2024 : Publication de l'AMLR au Journal officiel de l'UE
PasséLe Règlement (UE) 2024/1624 est adopté et publié. Il harmonise la définition des PEP, étend le périmètre aux fonctionnaires régionaux de haut rang et aux responsables des autorités locales d'au moins 50 000 habitants (art. 43), ajoute les frères et sœurs dans la famille proche des PEP exerçant les plus hautes fonctions politiques (art. 46), et clarifie les conditions de levée de l'EDD post-mandat.
1er juillet 2025 : AMLA prend ses fonctions à Francfort
PasséL'Autorité européenne anti-blanchiment (AMLA) est opérationnelle. Elle élabore les standards techniques (RTS/ITS) et lignes directrices (GL) sur l'identification des PEP et les obligations de vigilance associées, dont la publication est attendue avant le 10 juillet 2027.
10 juillet 2026 : Délai légal pour les lignes directrices générales sur les facteurs de risque (art. 20(3) AMLR)
10 juil. 2026L'art. 20(3) AMLR impose à l'AMLA de publier des orientations sur les variables et facteurs de risque généraux applicables à l'ensemble des entités assujetties. Ces GL couvrent les risques par type d'activité et de relation d'affaires, pas spécifiquement les PEP. La consultation publique lancée en avril 2026 porte sur ce mandat général ; la publication finale est attendue courant 2026-2027.
10 juillet 2027 : Application directe de l'AMLR
À venirLes dispositions PEP de l'AMLR remplacent les transpositions nationales des directives. L'art. 42 AMLR impose en parallèle à l'AMLA de publier, avant cette date, des lignes directrices spécifiques aux PEP — critères d'identification des proches associés, niveaux de risque associés aux PEP, membres de leur famille et personnes étroitement associées. Les entités belges doivent avoir mis à jour leur procédure de détection PEP (périmètre élargi), leur circuit d'approbation et leurs matrices de risque avant cette échéance.
L'AMLR apporte trois évolutions structurantes pour le régime PEP :
Extension du périmètre fonctionnel : les fonctionnaires régionaux de haut rang et les responsables des autorités locales d'au moins 50 000 habitants sont inclus dans la définition des PEP nationaux — une catégorie que certains États membres, dont la Belgique, n'avaient pas explicitement couverte dans leur transposition (art. 43 du Règlement (UE) 2024/1624). L'AMLR autorise les États membres à abaisser ce seuil de 50 000 habitants au vu du profil de risque national. Les entités devront ajuster leurs procédures de screening pour intégrer ces nouvelles fonctions dès 2027.
Extension de la famille proche aux frères et sœurs, mais uniquement pour les fonctions les plus élevées : l'art. 46 AMLR ajoute les frères et sœurs dans la notion de famille proche, mais cette extension est limitée aux PEP exerçant les plus hautes fonctions politiques — chefs d'État, chefs de gouvernement, ministres, ministres adjoints et secrétaires d'État, ainsi que leurs équivalents au niveau de l'UE ou dans un pays tiers. Elle ne s'applique pas aux parlementaires, magistrats, dirigeants d'entreprises publiques ou responsables d'organisations internationales. Les entités qui utilisent des listes PEP commerciales devront vérifier que leurs fournisseurs répercutent correctement cette distinction de périmètre.
Harmonisation des critères de levée de l'EDD post-mandat : l'AMLR clarifie les conditions dans lesquelles une entité peut réduire le niveau de vigilance d'un ex-PEP, en imposant une réévaluation documentée plutôt qu'une simple constatation administrative de la fin de mandat.
Documentation et défendabilité : le dossier PEP face aux contrôleurs
La gestion d'un client PEP n'est pas seulement une obligation de moyen : c'est une obligation de traçabilité contemporaine. Lors d'un contrôle de la Banque nationale de Belgique, l'inspecteur examine non seulement si le statut PEP a été détecté, mais si chaque décision — entrée en relation, maintien de la relation, prolongation ou levée du régime PEP — est étayée par une justification contemporaine et proportionnée.
Ce que le dossier PEP doit contenir
Preuve de l'identification du statut PEP
Date, source de vérification (liste commerciale, base officielle, recherche ouverte), identité du vérificateur — pas seulement une case cochée dans un formulaire.
Approbation formelle d'un membre senior de la direction
Document daté et signé avec la qualité du signataire, conservé en lien direct avec le dossier client.
Justification de l'origine du patrimoine et de la source des fonds
Pièces horodatées et identifiées : bulletins de rémunération, actes notariés, déclarations fiscales ou relevés de comptes dans des établissements de référence.
Comptes rendus des revues périodiques de surveillance
Chaque revue documentée avec la date, l'analyste responsable, les transactions examinées et la conclusion motivée.
Décision de maintien ou de levée du régime PEP post-mandat
Réévaluation du risque résiduel documentée, avec justification de la durée retenue et, le cas échéant, prolongation motivée au-delà des douze mois minimum.
L'outil le plus efficace pour défendre un dossier PEP face à un contrôleur reste la contemporanéité : des décisions tracées dans le système à la date où elles sont prises, non reconstituées a posteriori. Un dossier parfaitement complété la semaine précédant une visite d'inspection n'a pas la même valeur probante que des notes prises le jour de l'entrée en relation et des revues datées à intervalles réguliers. La recommandation 12 du GAFI sur les PEP pour les institutions financières et la recommandation 22 pour les professions non financières désignées (PNFD) rappellent que l'obligation n'est pas formelle mais substantielle : ce qui importe, c'est que les mesures aient réellement été prises, pas seulement déclarées.
Pour aller plus loin
Ces articles complètent le cadre réglementaire autour des PEP et de la vigilance renforcée :
- Vigilance renforcée (EDD) : facteurs de risque AML en Belgique — les déclencheurs, les mesures disponibles et la documentation attendue pour l'ensemble des situations à risque élevé, dont les clients PEP.
- KYC en Belgique : le guide complet pour les entités assujetties — le cadre général de la connaissance client dans lequel s'inscrit l'identification et la gestion des PEP.
- Scoring de risque AML : méthodologie complète pour un modèle défendable — comment pondérer le facteur PEP dans la matrice de risque de votre entité et calibrer les seuils de déclenchement.
- AMLA et paquet AML 2024 : ce qui change pour les entités belges en 2027 — le contexte réglementaire dans lequel s'inscrit l'harmonisation de la définition PEP à l'horizon 2027.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'une personne politiquement exposée (PEP) en droit belge ?
Une personne politiquement exposée (PEP) est une personne physique qui exerce ou a récemment exercé une fonction publique de haut rang : chef d'État ou de gouvernement, parlementaire, membre du gouvernement, haut magistrat, dirigeant d'une banque centrale, membre d'une cour des comptes, cadre supérieur d'une organisation internationale ou d'une entreprise publique. La loi du 18 septembre 2017 (loi LBC/FT) a transposé ce régime en droit belge ; l'AMLR (UE) 2024/1624 l'harmonisera et l'élargira à l'échelle de l'UE à partir du 10 juillet 2027.
L'entourage d'un PEP est-il soumis aux mêmes obligations de vigilance renforcée ?
Oui. La réglementation AML étend les obligations d'EDD aux membres de la famille proche du PEP (conjoint ou partenaire reconnu, enfants et leurs conjoints, parents) et aux personnes connues comme étroitement associées, notamment les co-détenteurs d'une entité juridique dont le bénéficiaire effectif est le PEP. L'AMLR 2024 ajoute les frères et sœurs dans la famille proche, mais uniquement pour les PEP exerçant les fonctions les plus élevées : chefs d'État, chefs de gouvernement, ministres et fonctions équivalentes (art. 46 AMLR).
Combien de temps dure l'obligation de vigilance renforcée après la cessation de fonction d'un PEP ?
Un minimum de douze mois après la cessation de fonction. Si l'évaluation des risques le justifie — actifs accumulés, réseau de relations, nature des fonctions exercées — cette période doit être prolongée. Lever la vigilance renforcée dès la démission du client PEP sans réévaluer le risque résiduel constitue une non-conformité caractérisée.
Quelles mesures concrètes l'entité assujettie doit-elle appliquer pour un client PEP ?
Quatre mesures s'imposent de plein droit : identifier le statut PEP du client et de ses bénéficiaires effectifs via des sources indépendantes ; obtenir l'approbation d'un membre senior de la direction avant d'établir ou de poursuivre la relation ; collecter des informations vérifiées sur l'origine du patrimoine et la source des fonds ; et exercer une surveillance continue renforcée des transactions. Ces mesures doivent être documentées avec justification de leur proportionnalité.
Que change l'AMLR 2024 pour les obligations PEP en Belgique ?
L'AMLR (UE) 2024/1624 harmonise la définition des PEP à l'échelle européenne et met fin aux divergences nationales. Elle élargit la liste des fonctions couvertes aux autorités régionales et locales de haut rang, ajoute les frères et sœurs dans la famille proche des PEP aux plus hautes fonctions politiques (chefs d'État, chefs de gouvernement, ministres et équivalents — art. 46), et clarifie les conditions de levée de l'EDD post-mandat. Ces dispositions s'appliquent à partir du 10 juillet 2027.
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