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Liste grise du GAFI : la mise à jour de juin 2026 et les obligations belges

Irak et Bosnie-Herzégovine entrent dans la liste grise du GAFI en juin 2026, l'Algérie et la Namibie en sortent. Ce que cela change (et ne change pas) pour les entités assujetties belges.

Jean-Noël Fameni12 min de lecture
Globe terrestre marqué d'épingles colorées symbolisant les juridictions suivies par le GAFI dans sa liste grise
Points clés à retenir
  • La plénière du GAFI des 17-19 juin 2026 a ajouté l'Irak et la Bosnie-Herzégovine à la liste grise (« juridictions sous surveillance renforcée ») et en a retiré l'Algérie et la Namibie, portant la liste à 22 juridictions.
  • La liste grise du GAFI n'a, par elle-même, aucun effet juridique automatique en Belgique : seule la liste UE des pays tiers à haut risque, adoptée par règlement délégué de la Commission européenne, déclenche une obligation légale de vigilance renforcée (EDD).
  • Un décalage de plusieurs mois, parfois de plus d'un an, sépare généralement l'ajout d'un pays à la liste GAFI de sa transposition éventuelle dans la liste UE, ce qui crée une zone d'appréciation fondée sur les risques pour les entités belges.
  • La Bulgarie, État membre de l'Union européenne, reste sur la liste grise du GAFI en 2026 : un rappel que l'appartenance à l'UE n'écarte pas une évaluation GAFI défavorable.
  • Les entités assujetties belges doivent documenter leur appréciation du risque pour tout lien identifié avec l'Irak ou la Bosnie-Herzégovine dès à présent, sans attendre une éventuelle inscription sur la liste UE.

Le 19 juin 2026, le Groupe d'action financière (GAFI) a clos sa plénière de juin en ajoutant l'Irak et la Bosnie-Herzégovine à sa liste grise des juridictions sous surveillance renforcée, tout en en retirant l'Algérie et la Namibie. Pour une entité assujettie belge, la nouvelle mérite mieux qu'un classement dans la veille réglementaire générale : elle touche directement la manière dont l'entité doit apprécier le risque pays dans son évaluation globale, même si, comme ce guide le détaille, elle ne déclenche aucune obligation légale automatique tant que la Commission européenne n'a pas elle-même statué.

Qu'est-ce que la liste grise du GAFI et comment fonctionne-t-elle

Le GAFI (Groupe d'action financière, Financial Action Task Force) est l'organisme intergouvernemental qui fixe les standards internationaux de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Il ne légifère pas : il évalue les dispositifs nationaux de ses quelque 200 juridictions membres et associées, et publie deux listes distinctes à l'issue de chacune de ses trois plénières annuelles (février, juin, octobre).

La liste grise, officiellement les « juridictions sous surveillance renforcée » (jurisdictions under increased monitoring), recense les pays qui présentent des lacunes stratégiques dans leur dispositif AML/CFT mais qui se sont engagés, par écrit et sur un calendrier précis, à les corriger auprès du Groupe d'examen de la coopération internationale (ICRG) du GAFI. La liste noire (les « juridictions faisant l'objet d'un appel à l'action ») vise les pays dont les lacunes justifient des contre-mesures renforcées faute de coopération suffisante. En juin 2026, elle ne comptait toujours que l'Iran, la Corée du Nord et le Myanmar.

Les changements de la plénière de juin 2026

La sixième et dernière plénière sous la présidence mexicaine d'Elisa de Anda Madrazo, réunie à Paris du 17 au 19 juin 2026, a arrêté quatre mouvements sur la liste grise.

CritèrePaysMouvementMotif principal
IrakAjoutLacunes dans la lutte contre le blanchiment (sanctions ciblées, bénéficiaires effectifs, déclarations de soupçon) et le financement du terrorisme
Bosnie-HerzégovineAjoutFaiblesses dans l'identification des bénéficiaires effectifs et la coopération judiciaire internationale
AlgérieRetraitVisite sur place concluante, plan d'action jugé achevé
NamibieRetraitVisite sur place concluante, plan d'action jugé achevé
Mouvements arrêtés à la plénière du GAFI des 17-19 juin 2026. La liste grise comptait 22 juridictions à l'issue de cette session.

Irak et Bosnie-Herzégovine : deux profils de risque différents pour les entités belges

L'exposition directe des entités belges à l'Irak reste, dans la plupart des portefeuilles, limitée aux flux liés au commerce international et à quelques relations bancaires correspondantes. La vigilance porte alors surtout sur la traçabilité des paiements transfrontaliers et sur la cohérence entre l'activité déclarée du client et les contreparties irakiennes identifiées.

La Bosnie-Herzégovine présente un profil différent : le pays entretient des flux migratoires et patrimoniaux significatifs avec plusieurs États membres de l'Union européenne, dont la Belgique. Les notaires, les experts-comptables et les agents immobiliers qui traitent des dossiers de succession ou d'acquisition immobilière impliquant des clients d'origine bosnienne devraient, à ce titre, documenter explicitement comment ce facteur de risque a été pris en compte dans l'évaluation individuelle du client.

Liste grise du GAFI et liste UE des pays à haut risque : deux régimes, un décalage

C'est le point que les dispositifs de conformité confondent le plus souvent : la liste grise du GAFI n'a, à elle seule, aucune force contraignante en droit belge. Le GAFI est un organisme de normalisation, pas un législateur. C'est la Commission européenne qui, par règlement délégué pris sur le fondement de la directive LBC/FT, établit la liste UE des pays tiers à haut risque, celle qui déclenche une obligation automatique de vigilance renforcée (EDD) pour les entités assujetties belges, comme le détaille notre article sur la mise à jour de janvier 2026 de la liste UE.

Entre une inscription GAFI et une éventuelle transposition dans la liste UE, il s'écoule généralement plusieurs mois, parfois plus d'un an : la Commission mène sa propre analyse et n'aligne pas mécaniquement sa liste sur celle du GAFI. À la dernière mise à jour connue de la liste UE (règlements délégués (UE) 2026/46 et 2026/83, en vigueur depuis le 29 janvier 2026), ni l'Irak ni la Bosnie-Herzégovine n'y figuraient, alors que les deux pays sont gris-listés par le GAFI depuis juin 2026. Une entité belge doit vérifier l'état courant de la liste UE sur EUR-Lex avant de conclure qu'aucune obligation automatique ne s'applique, la Commission pouvant l'amender à tout moment sans lien avec le calendrier des plénières du GAFI.

CritèreCritèreListe grise GAFIListe UE pays à haut risque
AuteurGAFI (organisme de normalisation intergouvernemental)Commission européenne (règlement délégué)
Effet juridique en BelgiqueAucun effet automatiqueEDD obligatoire (art. 18-18bis directive LBC/FT)
Fréquence de révisionTrois fois par an (fév., juin, oct.)Ponctuelle, sur initiative de la Commission
Ce que l'entité belge doit faireIntégrer dans l'évaluation globale des risques (art. 16 loi 2017)Appliquer l'EDD sans marge d'appréciation
La liste grise du GAFI alimente l'appréciation du risque ; seule la liste UE crée une obligation légale automatique pour les entités belges.

Ce que les entités belges doivent faire dès maintenant

Réaction proportionnée à la mise à jour de juin 2026

  • Identifier les dossiers présentant un lien avec l'Irak ou la Bosnie-Herzégovine

    Lieu d'établissement du client, nationalité du bénéficiaire effectif, origine des fonds ou destination des transferts.

  • Documenter l'appréciation du risque dans le dossier client

    Préciser le facteur de risque identifié, la mesure de vigilance appliquée et la date de l'évaluation, même en l'absence d'obligation EDD automatique.

  • Vérifier le statut des dossiers concernant l'Algérie et la Namibie

    Si la vigilance renforcée reposait exclusivement sur l'ancienne inscription GAFI de ces deux pays, réévaluer le niveau de vigilance applicable à la lumière de leur retrait.

  • Ne pas présumer d'un risque nul pour une contrepartie intra-UE

    Le maintien de la Bulgarie sur la liste grise doit être intégré à l'évaluation globale des risques au même titre qu'une juridiction hors UE.

  • Mettre en place une veille sur les publications GAFI

    Consulter les communiqués de plénière (février, juin, octobre) sur fatf-gafi.org plutôt que de dépendre uniquement du relais, parfois tardif, des autorités belges.

  • Réévaluer sans délai si la Commission transpose ces ajouts

    Une inscription future de l'Irak ou de la Bosnie-Herzégovine sur la liste UE fait basculer l'appréciation par les risques en obligation légale automatique d'EDD.

Pour aller plus loin

Cette mise à jour de la liste grise du GAFI s'inscrit dans un cadre plus large de surveillance des risques géographiques. Pour les obligations automatiques déclenchées par la liste UE, voir notre article sur la mise à jour de janvier 2026 de la liste des pays tiers à haut risque. Pour le détail des mesures de vigilance renforcée applicables une fois le risque confirmé, consultez notre guide sur la vigilance renforcée (EDD) et les facteurs de risque AML en Belgique. Enfin, pour comprendre comment le GAFI évalue la Belgique elle-même, notre analyse de l'évaluation mutuelle GAFI 2025 de la Belgique détaille les recommandations sur lesquelles le pays reste sous suivi renforcé.

Le communiqué officiel du GAFI sur les juridictions sous surveillance renforcée reste la source de référence pour vérifier la composition exacte de la liste à tout moment.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que la liste grise du GAFI et en quoi diffère-t-elle de la liste noire ?

La liste grise du GAFI, officiellement les « juridictions sous surveillance renforcée », recense les pays qui présentent des lacunes stratégiques dans leur dispositif de lutte contre le blanchiment mais qui se sont engagés auprès du GAFI sur un plan d'action daté pour les corriger. La liste noire (« juridictions faisant l'objet d'un appel à l'action ») vise les pays qui ne coopèrent pas ou dont les lacunes justifient des contre-mesures : elle ne comptait en juin 2026 que l'Iran, la Corée du Nord et le Myanmar.

Quels pays ont rejoint ou quitté la liste grise du GAFI en juin 2026 ?

À l'issue de la plénière des 17 au 19 juin 2026, le GAFI a ajouté l'Irak et la Bosnie-Herzégovine à sa liste grise, et en a retiré l'Algérie et la Namibie à la suite de visites sur place jugées concluantes. La liste comptait 22 juridictions à l'issue de cette plénière.

L'ajout d'un pays à la liste grise du GAFI déclenche-t-il automatiquement la vigilance renforcée en Belgique ?

Non, pas automatiquement. Seule la liste des pays tiers à haut risque adoptée par la Commission européenne par règlement délégué crée une obligation légale et automatique de vigilance renforcée (EDD) pour les entités assujetties belges. La liste grise du GAFI est un signal d'alerte que l'entité doit intégrer dans son évaluation globale des risques, avec un délai de transposition qui peut atteindre plusieurs mois avant qu'un pays inscrit sur la liste grise du GAFI ne rejoigne, le cas échéant, la liste UE.

Pourquoi la Bulgarie, un État membre de l'UE, figure-t-elle sur la liste grise du GAFI ?

La Bulgarie a été inscrite sur la liste grise en octobre 2023 pour des lacunes touchant la supervision de son secteur non financier et la lutte contre la corruption à haut niveau. Son maintien sur la liste en 2026 illustre que l'appartenance à l'Union européenne n'immunise pas contre une évaluation GAFI défavorable, et que les entités belges ne peuvent pas présumer d'un risque nul pour une contrepartie établie dans un autre État membre.

Que doit faire une entité belge dont un client a un lien avec l'Irak ou la Bosnie-Herzégovine ?

À la dernière mise à jour connue de la liste UE des pays tiers à haut risque (règlements délégués (UE) 2026/46 et 2026/83, en vigueur depuis le 29 janvier 2026), ni l'Irak ni la Bosnie-Herzégovine n'y figuraient : l'entité applique donc son approche par les risques, à vérifier sur EUR-Lex avant toute conclusion. Elle documente le lien identifié, apprécie le risque au regard du plan d'action GAFI du pays concerné, et le cas échéant renforce la vigilance sans attendre une obligation légale automatique. La vigilance doit être réévaluée sans délai si la Commission européenne venait à transposer ces ajouts dans la liste UE.

Où suivre les mises à jour de la liste grise du GAFI applicables à la Belgique ?

Le GAFI publie ses communiqués de plénière sur fatf-gafi.org à l'issue de chaque session (février, juin, octobre). Le SPF Finances belge et la BNB relaient les évolutions pertinentes pour les entités assujetties, mais le délai de relais varie : un dispositif de veille propre à l'entité reste nécessaire pour ne pas dépendre uniquement de ce relais.

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